Chapitre premier

 

Son enfance

 

 

Sa naissance

 

 

                Je suis né le 6 avril 1909, dans une petite cabane, là-haut dans les montagnes du Kentucky, près de Burkesville.

            Nous n'avions pas de docteur, seule une sage-femme assistait ma mère, et c'était ma grand-mère. Ma mère avait quinze ans et mon père en avait dix-huit, et pour cet événement il s'était acheté une nouvelle salopette.

   Nous étions très pauvres, les plus pauvres parmi les pauvres. Notre petite cabane de montagne n'avait pas de fenêtre, seulement un petit volet de bois dans la porte qu'on laissait ouvert le jour et qu'on fermait la nuit.

 

cabane de W.M.Branham

            L'unique pièce où nous vivions n'avait ni tapis, ni même de plancher de bois, c'était seulement un plancher de terre battue. Un desus de souche posé sur trois pattes nous servait de table avec deux chaises faites de branches d'arbre, juste des petites branches de noyer attachées ensemble avec le fond recouvert d'écorce.

            Et ainsi, le matin où je suis né et que j'ai commencé à pleurer, ma mère voulut voir son enfant, elle n'était elle-même qu'une enfant. Et lorsque papa ouvrit le volet juste au point du jour vers 5 heures, il y avait là un petit rouge-gorge se tenant à côté d'un buisson près de la fenêtre, chantant de toutes ses forces, et cette Lumière que vous voyez sur la photo entra en tourbillonnant et se tint au-dessus du lit.

            Grand-mère ne savait que dire et cela les effraya. Ils racontèrent à leur entourage dans les montagnes: "Cette lumière est entrée". Ils essayèrent de comprendre. Quelques-uns dirent que ce devait être le soleil se réfléchissant sur un miroir dans la pièce, mais il n'y avait pas de miroir et le soleil n'était pas encore levé, car il était trop tôt, c'était 5 heures. Et puis... Ils l'oublièrent.

            Autrefois, mes ancêtres étaient catholiques. Mon père était strictement Irlandais. La seule coupure dans le sang irlandais fut ma grand-mère maternelle qui était une Indienne Cherokee. Ma mère était donc une métisse.

            Mon père et ma mère n'allaient pas à l'église. Ils se marièrent en dehors de l'église et n'avaient pas de religion du tout. Là-bas, dans les montagnes, il n'y avait même pas une église catholique.

            Quand j'eus dix jours, ils m'emmenèrent à une petite église baptiste appelée "Le Royaume des Opossums". C'est tout un nom! Un vieux prédicateur itinérant baptiste venait là-bas environ une fois tous les deux mois. Les gens avaient une petite réunion où ils chantaient quelques cantiques, mais ils entendaient une prédication à chaque fois que le voyageur passait par là. Ils le payaient chaque année avec un sac de citrouilles ou quelque chose du genre que les gens récoltaient pour lui donner. Et le vieux prédicateur vint et là, offrit une prière pour moi, petit garçon. Ce fut mon premier passage à l'église. (1)

 

Mère et enfant échappent providentiellement à la mort

 

 

            Dans son livre intitulé "Un homme envoyé de Dieu", Gordon Lindsay relate l'anecdote suivante: (2)

 

 

            Le père bûcheron, était souvent absent de la maison, surtout dans les mois d'automne et d'hiver lorsque le temps était trop mauvais pour voyager. La mère et l'enfant restaient donc seuls au logis. Un jour, ils faillirent perdre la vie tous les deux. Le bébé avait six mois environ et le père était absent lorsque survint une terrible tempête. Pendant plusieurs jours, toute la contrée fut bloquée par la neige. Il n'y avait pas beacuoup de réserves dans la petite cabane, et bientôt il n'y eut plus de bois et plus de nourriture. La mère, enveloppant ses pieds de vieux sacs, partit dans les bois abattre de petits arbres qu'elle traînait dans la cabane pour essayer de garder le feu. Mais elle s'affaiblissait de plus en plus et elle dut bientôt abandonner ce travail. Mère et enfant restèrent alors au lit attendant la fin. Mais Dieu envoya un ange protecteur et leur sauva la vie.

            A portée de vue de la petite maison vivait un voisin. Pressentant qu'il se passait quelque chose, il jetait souvent un regard vers l'humble logis et sa crainte allait croissant en ne voyant plus aucune fumée sortir de la cheminée. Après quelques jours, il eut la ferme conviction qu'il devait aller voir sur place ce qui se passait, quoique la distance signifiait pour lui un gros effort à travers la neige amoncelée.

            En arrivant à la porte, ses craintes se confirmèrent, car il ne reçut aucune réponse de l'intérieur. Il n'y avait aucune trace de pas autour de la maison et la porte était verrouillée. Il la força et fut effrayé du spectacle qu'il vit: mère et enfant, enveloppés de couvertures, étaient près de mourir de faim et de froid. Il se procura rapidement du bois et fit un grand feu pour réchauffer le logis. Puis il retourna chez lui chercher de la nourriture. C'était le dernier moment. La mère et l'enfant revinrent à la vie et furent bienôt en bonne voie de rétablissement.

 

 

Premier message de Dieu à l'enfant

 

 

            La première chose que je peux ramener à mon esprit, c'est une vision que le Seigneur me donna... Je devais avoir environ trois ans, et mon petit frère deux ans à peine. Nous étions dehors au fond de la cour où il y a un endroit pour fendre et entreposer le bois. (3)

            J'avais un gros caillou à la main et j'essayais de lui montrer avec quelle force je pouvais jeter ce caillou dans la boue à l'endroit où la fontaine était sortie de terre et avait rendu le sol boueux. Et j'entendis un oiseau qui chantait dans le haut d'un arbre. Je regardai cet arbre et l'oiseau s'envola et c'est alors qu'une Voix me parla.

            Maintenant, je sais que vous pensez que je ne peux pas me souvenir de cela. Mais le Seigneur Dieu qui est Juge des cieux et de la terre et de tout ce qui est, sait que je dis la vérité.

            Comme un vent à travers un buisson, une Voix vint de l'endroit où était auparavant l'oiseau de l'arbre. Elle dit: Tu vivras près d'une ville appelée New-Albany. Et j'ai vécu depuis l'âge de trois ans jusqu'à ce temps-ci à moins de cinq kilomètres de New-Albany, Indiana.

            Mon père était très loin d'être une personne religieuse. Quand nous étions enfants, nous n'eûmes aucune influence religieuse ni aucun enseignement du tout.

            Je voyais mon père, c'était un homme plutôt petit, trapu, il était l'un des hommes les plus forts que je connaisse parmi les hommes de petite taille.

            Je me souviens que lorsque papa entrait pour dîner, il retroussait ses manches pour se laver et je pouvais admirer ses petits bras trapus; et quand il les levait pour jeter de l'eau sur son visage, les muscles de ses bras saillaient et je disais: "Vous savez, mon papa vivra jusqu'à cent cinquante ans". Il était si fort! Mais il mourut à cinquante-deux ans. (1)

            J'ai vu mon père revenir des bois tellement brûlé par le soleil, que maman devait prendre des ciseaux pour couper sa chemise collée à son dos. Il travaillait ferme. Je l'aimais tendrement quoiqu'il fut un buveur. Il me fouettait parfois, mais pas autant que je l'aurais mérité. La loi des dix commandements était inscrite sur la muraille et un grand fouet était suspendu au-dessus... Des années plus tard, il donna son coeur à Christ et il fut sauvé quelques heures avant de mourir dans mes bras. (3)

            Mon père était le gars typique des montagnes, qui buvait constamment. Il s'était trouvé mêlé dans une rixe où il y eut deux ou trois hommes presque tués en se battant à coups de fusils et de couteaux. Et papa avait été l'un des meneurs de cette rixe. Il y avait là un ami qui avait été blessé et qui, à son tour, avait frappé quelqu'un avec une chaise. L'homme avait sorti un couteau et il allait frapper au coeur l'ami de papa étendu sur le sol, lorsque papa s'en mêla. Son nom était Will Yarbrough. Il était un homme très fort et mauvais. Il y eut un grand combat au couteau entre lui et papa. Et mon père tua presque l'homme; cela a dû être une terrible bagarre, parce que depuis Burkesville, à de nombreux kilomètres de là, ils envoyèrent un shérif à cheval chercher papa. Aussi il dut s'enfuir et quitter le Kentucky et traverser la rivière pour venir en Indiana.

            Il avait un frère qui vivait à cette époque à Louisville au Kentucky. C'était l'assistant- directeur de la scierie "Mosaïque du bois" à Louisville, Kentucky. Papa était le plus jeune des garçons d'une famille de dix-sept enfants. Et ainsi il vint trouver son frère aîné et il partit pour presque un an. Il ne pouvait pas revenir, car il était recherché par la loi. Quand nous eûmes des nouvelles de lui, par une lettre signée d'un autre nom, il disait à ma mère que cela serait ainsi qu'elle aurait de ses nouvelles.

            Plus tard, nous avons déménagés en Indiana et mon père travailla pour un homme riche. Monsieur Wathen était un multi-millionnaire. Il possédait les distilleries Wathen et aussi de grosses actions. Mon père fut son chauffeur privé. papa était un homme pauvre, cependant il ne pouvait se passer de sa boisson; il alla donc faire du whisky dans une distillerie.

            Et alors cela devint une épreuve pour moi, parce que j'étais le plus âgé des enfants. Je devais aller porter de l'eau à cet alambic, pour garder les échangeurs froids pendant qu'ils faisaient le whisky. Ensuite, il se mit à le vendre. Il se procura deux ou trois de ces alambics. Voyez-vous, c'est ce que je n'aime pas raconter, mais c'est la vérité.

 

 

Premier contact de l'Ange

 

 

            Un jour, transportant de l'eau de cette pompe qui était à distance d'un pâté de maisons, je rouspétais parce qu'après l'école, tous les autres garçons étaient allés pêcher à la mare. J'aimais beaucoup pêcher et ils étaient tous partis sauf moi, parce que je devait transporter de l'eau à cet alambic. Bien sûr, cela devait rester secret, c'était pendant la prohibition.

            J'étais juste sous le peuplier en train de me reposer et je pleurais. J'étais environ à mi-chemin entre la grange et la maison quand, tout à coup, j'entendis un bruit semblable à celui que fait un tourbillon de vent Whoooosssh, whoooosssh...

            Je regardai autour de moi, pas une feuille ne bougeait nulle part. Et je pensai: "D'où vient ce vent? Eh bien! Cela doit être loin d'ici". J'étais seulement un gamin. Et cela devint de plus en plus fort.

            Je ramassai mes deux petits seaux et maugréant encore, je repris le sentier. Je n'avais fait que quelques pas de dessous ce gros arbre lorsque j'entendis de nouveau le bruit du tourbillon.

            Je me retournai pour regarder et, à mi-hauteur de cet arbre, je vis un autre tourbillon qui faisait tournoyer et tournoyer les feuilles. "Eh bien!" pensai-je, "Il n'y a rien d'étrange à cela, car c'est juste à ce moment de l'année, à l'automne, que se forment ces tourbillons". Je regardais mais cela ne s'en allait pas. Haibutellement, c'est juste un souffle pendant un instant puis cela s'en va; mais ce tourbillon était là depuis déjà deux minutes ou plus.

            Je repartis de nouveau sur le chemin. Je me retournai pour regarder encore cela, et quand je le fis, une Voix humaine aussi audible que la mienne dit: Ne bois jamais, ne fume ni ne souille ton corps d'aucune façon. Il y aura un travail à faire pour toi quand tu seras plus âgé. Cela me donna une peur bleue! Vous pouvez vous imaginer comment un petit garçon peut se sentir! Je laissai tomber mes seaux et je revins à la maison aussi vite que je le pus, criant de toutes mes forces.

            Il y avait des serpents trigonocéphales dans ce pays et ils étaient très venimeux. Ma mère pensa que, venant le long du jardin, j'avais peut-être posé le pied sur un trigonocéphale et elle courut à ma rencontre. Je sautai dans ses bras, criant, l'étreignant et l'embrassant. Et elle me dit: "Qu'y a-t-il? As-tu été mordu par un serpent?" tout en m'examinant de tous les côtés.

            Je dis: "Non, maman! Il y a un homme dans cet arbre-là-bas!".

            Et elle me dit: "Billy, Billy! Allons! T'es-tu arrêté pour dormir?".

            Je dis: "Non, maman! Il y a un homme dans cet arbre là-bas et il m'a dit de ne pas boire et de ne pas fumer".

            Au moment où je transportais de l'eau à cet alambic, Il m'avait dit: Ne bois ni ne souille ton corps d'aucune façon". Autant que je sache, je n'ai jamais été coupable une seule fois d'une telle chose.

            J'étais tout à fait hystérique. Maman appela le docteur et celui-ci dit: "Eh bien! il est seulement nerveux, c'est tout". Aussi elle me mit au lit. Depuis ce jour-là, je ne suis plus jamais passé près de cet arbre car j'avais trop peur. Je passais de l'autre côté du jardin parce que je croyais qu'il y avait un homme dans le haut de cet arbre qui me parlait d'une voix profonde.

            Environ un mois après cela, je jouais aux billes dehors avec mes petits frères dans la cour de devant. Tout à coup, un étrange sentiment vint sur moi. Je m'arrêtai et m'assis à côté d'un arbre. Nous étions juste sur la rive du fleuve Ohio. Et regardant vers Jeffersonville, je vis en vision, un pont s'élever et enjamber la rivière. Et sur ce pont, je vis seize hommes (je les comptais) qui tombèrent de là et perdirent la vie. Je courus très vite le dire à ma mère et elle pensa encore que je m'étais endormi. Mais il le gardèrent à l'esprit et vingt-deux ans plus tard, le pont municipal (que beaucoup d'entre vous traversez quand vous venez ici) enjamba la rivière au même endroit, et seize hommes perdirent leur vie en construisant ce pont au-dessus de la rivière. (1)

 

 

Pauvreté

 

 

            J'étais l'aîné de neuf garçons et d'une petite fille. Devant la vieille petite cabane s'entassaient tous ces petits Branham se traînant dehors dans la poussière, ressemblant à une bande d'opossums. Nous ne portions pas de chaussures, quelquefois même durant la moitié de l'hiver. Si nous en avions, c'était seulement celles que nous pouvions trouver ou que quelqu'un nous donnait par charité. (1)

            Nous avions l'habitude de faire notre épicerie le samedi soir. Nous avions une vieille charrette; papa mettait de la paille à l'arrière pour les petits, et lui et maman montaient à l'avant, conduisant une petite mule sur une distance d'environ cinq kilomètres de la ville. Papa faisait environ soixante-quinze cents par jour et achetait tous les vivres qui devaient nous durer une semaine. Quand il payait les factures d'épicerie, monsieur Grower, l'épicier, nous donnait un petit sac de bonbons en cannes. Imaginez, peut-être six bonbons et huit petits Branham qui surveillaient ce bonbon alors qu'il fallait le diviser en parties égales. Oh! Que cela était bon! Et alors que tous mes frères mangeaient leur bonbon, moi, je faisais semblant de le manger et l'enveloppais dans du papier pour le conserver dans mes poches jusqu'au lundi. Alors maman me disait: "William, va à la source chercher un seau d'eau". Cette grosse chaudière en vieux cèdre et cette louche pour puiser étaient pesantes. Alors j'appelais mon frère Edward, que je surnommais "Humpy", et lui proposais ceci: "Voici ce que je vais faire : tu pourras lécher ce bonbon pendant que je compte jusqu'à dix si tu vas me chercher ce seau d'eau". Je devais compter tranquillement et parfois recommencer si j'allais trop vite. Je faisais très rarement la besogne du lundi; aussi longtemps que le bonbon durait, j'étais un homme d'affaires et de loisirs le lundi. (4)

            Nous sommes allés à l'école sans avoir pratiquement de vêtements. Mon père buvait chaque sou qui restait après avoir payé les comptes d'épicerie.

            Pour mon entrée à l'école, maman prit le vieux manteau que mon père avait à son mariage et me tailla une paire de pantalons. (5)

            Je me souviens d'un hiver où je n'avais pas de chemise. J'avais un manteau que madame Wathen, une femme riche, m'avait donné. Il y avait un petit aigle sur la manche.

            Un jour de printemps, alors qu'il commençait à faire chaud, le professeur, madame Temple, me dit: "William, n'as-tu pas chaud avec ce manteau sur le dos? Enlève donc cela".

            Je ne pouvais pas l'enlever parce que j'étais torse nu en dessous. Aussi je répondis: "Non, madame, je suis juste un peu frileux".

            Elle répliqua: "Tu es frileux en un jour pareil?".

            "Oui, madame", répondis-je.

            "Tu ferais mieux de venir t'asseoir près du poêle". Elle alimenta ce gros poêle et dit: "As-tu encore froid?".

            "Oui, madame". Et la transpiration me coulait sur le visage.

            "Alors" dit-elle "tu ferais mieux de retourner à la maison, car tu es malade".

            Je me demandais bien comment je ferais pour revenir à l'école, aussi j'ai attendu un couple de jours.

            J'avais une soeur de mon père qui vivait dans les collines voisines. Elle avait pris l'habitude de venir chez nous et elle avait une fille à peu près de mon âge. En voyant une robe qu'elle avait laissée, je me suis imaginé que je pouvais me faire une chemise avec cela. J'ai coupé la jupe, je revêtis la blouse qui était pleine de fanfreluches et je suis parti pour l'école. Ils me dirent: "C'est une robe de fille!".

            Je répondis: "C'est mon costume d'indien". Et les enfants se mirent à rire de moi.

            Je me souviens que durant le temps de la première guerre mondiale, tous ceux qui étaient assez grands pour avoir un uniforme en avaient un et je voulais tellement être soldat. Il y avait à l'école un garçon du nom de Lloyd Ford qui avait un costume de scout et vendait le magazine Pathfinder. Je lui ai demandé: "Quand tu auras usé ton costume, me le donneras-tu?".

            "Certainement", me répondit-il. Eh bien! je n'ai jamais vu un habit durer si longtemps. Finalement, après m'être aperçu qu'il ne le portait plus depuis un petit bout de temps, je lui demandai: "Lloyd, qu'en est-il de ce costume?".

            Il m'apprit que sa mère l'avait utilisé pour raccomoder les pantalons du père et qu'il ne restait plus qu'une jambière. Je la pris et je la portai comme si j'étais un vrai soldat. Pour avoir un bon prétexte de la porter à l'école, j'ai fait semblant de m'être blessé à la jambe en jouant.

            Un jour, je dus aller au tableau noir. J'essayais de me tenir de façon à dissimuler ma jambe nue, mais les enfants se mirent à rire et moi à pleurer, et l'institutrice me renvoya à la maison. Quelle lutte c'était pour moi dans ces jours-là!

            Je ne pouvais même pas prendre mon repas comme les autres. Mon frère et moi avions honte de manger devant les autres enfants parce qu'ils avaient des sandwichs, des gâteaux et des biscuits.

            Et nous montions nous asseoir sur la colline proche de l'école et nous placions ces petits contenants entre nous.

            D'un côté, nous avions un petit pot de mélasse et un de légumes verts, et de l'autre côté, un petit pot de fèves, un morceau de pain et une cuillère. Et nous mangions ensemble. (4)

            Les garçons m'appelaient "Squab" le sauvage du Kentucky parce que ma mère ressemblait beaucoup à une indienne durant sa jeunesse et ils savaient qu'elle était demi-indienne.

            Un couple de garçons, parce qu'ils n'aimaient pas que je porte les livres d'une certaine petite fille, me rencontrèrent et me battirent tant, qu'ils me laissèrent presque inconscient. Ces garçons me battaient uniquement parce que j'étais du Kentucky. Un, me tenait les bras et un autre, avec une roche dans le creux de sa main, me frappait au visage jusqu'à ce que je sois à moitié mort.

            Une fois, j'ai pris un raccourci et je suis allé chercher ma petite carabine 22 avec une poignée de cartouches et je me suis caché en bordure du chemin jusqu'à ce que passent cinq ou six gars.

            Je bondis, l'arme chargée en disant: "Lequel de vous veut mourir le premier pour que vous ne voyiez pas les autres? Ne criez pas parce que vous allez tous mourir l'un après l'autre". Alors qu'ils fuyaient épouvantés, je tirai, mais le coup ne voulut pas partir. Je mis une autre cartouche, même chose; j'ai chargé seize cartouches et chacune d'elle rata.

            Après qu'ils se furent tous enfuis, j'étais là, si fâché, que je riais comme un insensé, les larmes aux yeux. Si ce n'avait été de la grâce de Dieu, j'aurais été un meurtrier. J'ai remis ces balles dans ma carabine et "Pow, pow", elles tirèrent parfaitement. Parlez-moi d'une grâce!. (5)

            Allant à l'école, j'y avais rencontré des jeunes filles. Vous savez, j'étais réellement timide. Et finalement, j'ai eu une petite amie comme tous les jeunes garçons aux environs de quinze ans, je pense. Et, oh! elle était vraiment très jolie.

            Un autre garçon, nous étions copains, prit la voiture de son père, une vieille Ford modèle T, et nous eûmes un rendez-vous avec nos amies. Nous nous sommes arrêtés à un endroit où nous pouvions acheter un sandwich au jambon pour cinq sous. J'étais riche, je pouvais en acheter quatre. Et après que nous eûmes mangé les sandwichs et bu le coca-cola, je partis rendre les bouteilles. Et à ma surprise, quand je revins, (la femme commençait juste à perdre sa féminité à cette époque-là) ma petite colombe fumait une cigarette.

            Quaned je vis cette jolie fille faisant ainsi la maligne, la cigarette aux doigts, cela faillit me tuer, parce que je croyais que je l'aimais vraiment.

            Je pensai: "Pauvre petite fille".

            Et elle me dit: "Oh! veux-tu une cigarette, Billy?".

            Je dis: "Non, madame, je ne fume pas".

            Et elle me dit: "Tu dis que tu ne danses pas". Ils désiraient aller à un bal et je ne voulais pas. Aussi ils disaient qu'il y avait un bal là-bas, ce qu'on appelait le Jardin du Sycomore.

            Et je dis: "Non je ne danse pas".

            Elle dit: "Alors tu ne danses pas, tu ne fumes pas, tu ne bois pas, comment donc t'amuses-tu?".

            Je répondis: "Eh bien! J'aime la chasse et la pêche". Cela ne l'intéressait pas. Aussi elle dit: "Prends cette cigarette".

            Et je dis: "Non, madame, merci. Je ne fume pas".

            Nous nous tenions assis sur le siège arrière, elle et moi. Elle me dit: "Tu veux dire que tu ne veux pas fumer une cigarette? Nous, les filles, nous avons plus de cran que vous n'en avez!".

            Et je dis: "Non, madame, je ne crois pas que je veuille le faire".

            Elle me dit: "Quelle grosse poule mouillée!" Oh là là! Je voulais être le gros méchant Bill et je ne voulais certainement être en rien une poule mouillée. Voyez-vous, je voulais être un boxeur professionnel, c'était mon idée de la vie.

            Je ne pouvais accepter cela, aussi je dis: "Donne-la moi! Je vais te montrer si je suis une poule mouillée ou non". Je pris cette cigarette et je frottai l'allumette. Quand je voulus allumer la cigarette, aussi déterminé à la fumer que je le suis à prendre cette Bible, j'entendis quelque chose faisant Whoooosssh! J'essayai encore et ne pus l'amener à ma bouche. Et je commençai à pleurer et je jetai la cigarette par terre. Ils se mirent à rire de moi. Et je rentrai à pied à la maison, à travers champs, et m'assis-là, pleurant. C'était une vie terrible.

            Je me souviens un jour, papa allait à la rivière avec les garçons. Mon frère et moi devions prendre un canot et, montant et descendant sur la rivière, nous devions chercher des bouteilles pour y mettre du whisky. Nous en retirions cinq sous pour chaque douzaine que nous ramassions le long de la rivière.

            Il y avait un arbre qui avait été renversé par le vent. Papa et monsieur Dornbush s'assirent sur cet arbre. Papa prit dans sa poche arrière une petite bouteille plate de whisky, la lui tendit et monsieur Dornbush but un coup, et la rendit à papa qui but à son tour.

            M. Dornbush avait un joli bateau et je voulais trouver faveur auprès de lui parce que je désirais utiliser ce bateau. Il avait un bon gouvernail et le mien n'en avait pas du tout. Nous avions juste de vieilles planches pour pagayer.

            Monsieur Dornbush prit la bouteille et me dit: "Tiens, Billy".

            Je dis: "Merci, je ne bois pas".

            Il dit: "Tu ne bois pas?".

            Je dis: "Non, monsieur".

            "Non", dit papa, "j'ai élevé une poule mouillée".

            Mon papa m'appelant une poule mouillée! Je dis: "Donnez-moi cette bouteille". Et j'enlevai le bouchon, déterminé à boire, et quand je commençai à la lever, Whoooosssh! Je lui rendis cette bouteille et partis en pleurant à travers champs, aussi vite que je pus. Quelque chose ne voulait pas me laisser faire cela. Voyez-vous? Je ne peux pas dire que j'étais bon, (j'avais décidé de le faire) mais c'est Dieu, Sa grâce qui me préserva de faire ces choses. (1)

 

 

(1) - L'histoire de ma vie, 6 avril 1959, Los Angeles, Californie.

(2) - Un homme envoyé de Dieu - Gordon Lindsay, p. 28-30. (La majorité du récit contenu dans ce

       premier chapitre a été traduit du livre A man sent from God, de Gordon Lindsay.

(3) - Comment l'Ange vint vers moi et Sa commission, Chicago, Illinois, 17 janvier 1955.

(4) - L'histoire de ma vie, 21 juillet 1951.

(5) - Questions et réponses, 30 août 1964.

 

 

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